LE TEMPS

Éléonore Sulser | 23 mars 2012


Il y a, dans Le ciel est plein de pierres, quelque chose de très vivant. Des considérations savantes sur les pigeons, sur l’exploration de l’Indonésie, sur la photographie, sur la musique – les «bandes-son» de Jacques-Pierre Amée donnent envie de découvrir de nouveaux sons; il y a un goût des voyages, des recompositions, de la vie qui déménage.

(...) L’écriture sautille, se met en italique, souligne, pioche du côté du parler, verse dans le poème, la comptine, l’obsessionnel, se coule dans la sentence, se gargarise de répétitions; bref, joue sur les mots et s’interroge sans relâche sur elle-même:

Fusil à lunette et gallon de cabernet (il me montre les deux, à l’arrière de son pick-up). Il me dit, en souriant: «Ah, si tout va bien, je vais récolter un ours. Oui, monsieur, ça porte chance...» Récolter un ours. Avec le même sourire, la sœur de ma mère me confirme qu’on dit bien cela, dans la région: l’expression est correcte. Mais je n’en suis pas certain.

(...) Sur le site de l’auteur qui est aussi poète et plasticien, ces mots frappent: «choix de l’indiscipline», travail «ouvert» et plus loin «polyphonies» car il est familier, note-t-il, des créations collectives. Ces termes choisis disent bien ce gai souci des courants d’air, d’un univers en mouvement où le hasard peut s’inviter, où le froissement des phrases dessine au fil des pages des constellations changeantes.