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Les échos


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Les échos


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La revue de presse proposée ci-dessous recense les principaux avis dans les médias à la suite de la parution du Ciel est plein de pierres.  

 
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Libération


Libération


LIBÉRATION

ÉRIC LORET | 13 OCTOBRE 2011


L’action, ici, c’est la langue. Il y a des personnages, des lieux, mais l’intrigue ne se suit pas, ou bien se noie dans la diffraction des sensations qui constituent l’épaisseur du récit, dans le tempo obsédant de l’écriture. Programme de ce second roman d’un poète et plasticien né en 1953:

Je dois frayer un chemin à reculons. Tout ira de travers, mais je prendrai soin, dans le noir, de balayer le sol avant chaque pas en arrière, après chaque pas en arrière. Et je battrai le tambour à chaque pas en arrière, en amorçant chaque pas en arrière – en l’achevant, je battrai le tambour.

Le rythme est en avant partout, et chaque phrase est comme un réglage en direct de la position du narrateur par rapport aux étoiles, à sa montre, aux nuages, comme si la parole était une fondation toujours recommencée. La poésie, en quelque sorte.

 
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Le Temps


Le Temps


 

LE TEMPS

Éléonore Sulser | 23 mars 2012


Il y a, dans Le ciel est plein de pierres, quelque chose de très vivant. Des considérations savantes sur les pigeons, sur l’exploration de l’Indonésie, sur la photographie, sur la musique – les «bandes-son» de Jacques-Pierre Amée donnent envie de découvrir de nouveaux sons; il y a un goût des voyages, des recompositions, de la vie qui déménage.

(...) L’écriture sautille, se met en italique, souligne, pioche du côté du parler, verse dans le poème, la comptine, l’obsessionnel, se coule dans la sentence, se gargarise de répétitions; bref, joue sur les mots et s’interroge sans relâche sur elle-même:

Fusil à lunette et gallon de cabernet (il me montre les deux, à l’arrière de son pick-up). Il me dit, en souriant: «Ah, si tout va bien, je vais récolter un ours. Oui, monsieur, ça porte chance...» Récolter un ours. Avec le même sourire, la sœur de ma mère me confirme qu’on dit bien cela, dans la région: l’expression est correcte. Mais je n’en suis pas certain.

(...) Sur le site de l’auteur qui est aussi poète et plasticien, ces mots frappent: «choix de l’indiscipline», travail «ouvert» et plus loin «polyphonies» car il est familier, note-t-il, des créations collectives. Ces termes choisis disent bien ce gai souci des courants d’air, d’un univers en mouvement où le hasard peut s’inviter, où le froissement des phrases dessine au fil des pages des constellations changeantes.

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Notes et chroniques


Notes et chroniques


NOTES ET CHRONIQUES

Jean-Pierre Longre | 19 septembre 2011


Le nouveau roman de Jacques-Pierre Amée est certes plein de pierres, mais aussi plein de rythme, et de tant d’autres choses parmi lesquelles la nature tient une place prépondérante (la forêt et les animaux, par exemple), sans compter l’amitié, l’amour, la parole, le silence, le mystère...

Le narrateur, Graham Rouge (un nom qui se détache sur la verdure, la neige, le ciel, la nuit), photographe animalier, observateur du monde lointain et proche, tente de se frayer un chemin entre souvenirs et immédiateté, entre passé et présent. Son récit, qui s’adresse à son ami Emil, hospitalisé au-delà des mers, à cette Ibi qu’il aime mais qu’il n’a pas vue depuis un certain temps, à d’autres encore, Caïm, Lucie, le lecteur, lui-même... son récit, donc, tient autant de la narration que de la poésie, du mouvement que du ressassement, de la fiction que du journal, un journal dans lequel, au fil de la lecture, on assiste à la mise en place de l’écriture.

L’auteur a l’art de (se) raconter sans en avoir l’air, par des détours, par des étapes où l’accessoire narratif paraît devenir l’essentiel. «Y a rien de facile», dit périodiquement le boucher du coin: aussi difficile d’étouffer proprement un pigeon que de percer le mystère de l’énigmatique «Toubob», vagabond qui pourrait bien avoir fait disparaître avec lui la vieille dame qui l’avait recueilli, ou de reconstituer le puzzle que représente le titre du magazine Noé...

Voilà un livre qui «bat le tambour» (autre leitmotiv, autre rime de la prose), qui bat le rappel (des souvenirs, des amis, des contrées lointaines), qui bat la chamade (émotion à tous les tournants de pages), qui bat les cartes (pour mieux rendre compte du désordre universel). Un livre musical, où le langage des images et des mots s’impose comme une lancinante mélodie, comme une étourdissante symphonie.

 
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Les Lettres et les Arts


Les Lettres et les Arts


 

LES LETTRES ET LES ARTS

Delphine Burghraeve | 14 juillet 2012


Un ciel plein de terre. Est-ce là ce que l’on s’imagine lorsqu’on habite comme Graham Rouge, narrateur du nouveau roman de Jacques-Pierre Amée, à flanc d’une montagne qui semble rejoindre le ciel? La raison de ce titre énigmatique nous est donnée par Graham Rouge lui-même, sans toutefois, de par son propre aveu, épuiser toutes ses significations: «le ciel, pour toi, cette peau du tambour. Le roulement de tambour, le son du tambour, battre le tambour... Le ciel est plein de pierres. Je n’en ai pas su davantage.»

Le narrateur est un homme discret, presque aérien. Enfant, il rêvait de creuser un trou dans l’air afin de se volatiliser. Adulte, son métier de photographe animalier au service de la revue naturaliste Noé lui permet de pratiquer le camouflage jusqu’à l’effacement. Lorsqu’une tragédie arrive à son ami et patron de la revue, Émil, qui oscille entre la vie et la mort, Graham ressent le besoin de parler, de «battre le tambour», c’est-à-dire de «trouver une cadence. La maintenir, l’appuyer, l’accentuer». De par sa capacité à s’éteindre, Graham se retrouve au centre de tous les malheurs qui ont touché les habitants de son village ces derniers mois: la disparition mystérieuse de madame Annette, vieille dame qui refusait de mourir à l’hôpital, la mort brutale de madame Formoso, l’apparition évanescente, au coin d’une photo, d’un homme que le narrateur nommera Toubob, le silence d’Ibi, la signification du N de Noé. À la manière d’un photographe et d’un chasseur, le narrateur surprend et suspend le cours du temps, dans ses moments cruels. Il fixe dans son récit des détails et événements de la vie invisibles à l’œil non averti.

Quelle autre voix narrative aurait pu porter aussi bien l’écriture de Jacques-Pierre Amée? Avec son style reconnaissable, délicat et poétique, relevant à la fois d’une prose et d’une poésie libérées de toutes contraintes, l’écrivain ne pouvait trouver meilleur porte-parole que Graham, homme observateur et hypersensible. La phrase est scandée et cadencée à la manière du battement de tambour, plus que du roulement qui impliquerait une fluidité dont le texte fait malheureusement parfois défaut. Les mouvements de la narration alternent entre moments forts − révélations constituant le nœud de l’intrigue − et instants poétiques, créant une atmosphère. Il y a une oscillation dans l’écriture de Jacques-Pierre Amée qui se matérialise dans cet être étrange et évanescent qu’est Toubob («to bob» en anglais signifie se balancer) et qui disparaît à la fin sans laisser de traces. Ce roman a quelque chose de chamanique: le narrateur tente de comprendre la loi universelle qui permet à tous ces événements de s’enchevêtrer en un laps de temps si court. L’auteur n’affirme rien pourtant, aucune vérité métaphysique, comme si, finalement, il n’y avait pas de logique, pas de plan, pas de loi universelle.

Des personnages profonds et une écriture remarquable font la beauté de ce texte et compensent largement une intrigue intéressante mais trop peu exploitée par l’auteur. Mais serait-ce tout simplement parce que, pour reprendre l’épigraphe qui acquiert tout son sens à la fin du livre, «les choses quand elles cherchent leur cours ne trouvent que leur vide»?

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Viceversa Littérature


Viceversa Littérature


VICEVERSA LITTÉRATURE

Brigitte Steudler | 17 octobre 2011


Le ciel est plein de pierres débute par la leçon que donne un boucher à ses clients sur l’art de «bien» étrangler un pigeon. Taiseux de nature, il ponctue sa démonstration d’un «Y a rien de facile». La lenteur et la sûreté de chacun des gestes du commerçant marquent profondément Graham Rouge, photographe animalier et narrateur du roman. Aussi surprenante qu’elle puisse paraître au premier abord, une telle entrée en matière n’étonnera pas les lecteurs connaissant Jacques-Pierre Amée. Ils retrouvent d’emblée le ton et l’univers particulier à cet écrivain, découverts dans Le Butor étoilé (Infolio, 2008). Une fois l’anecdote de l’étouffement du pigeon contée, le narrateur entre dans le vif de son propos: raconter comment le fait d’apprendre qu’un ami est sur le point de mourir peut bouleverser la trajectoire de sa propre existence. Informé du grave accident survenu à Emil (ami et patron du magazine Noé qui l’emploie), parti enquêter sur Alfred Russel Wallace dans l’archipel indonésien, Graham Rouge voit son quotidien se fracturer. La soudaineté de la nouvelle bouscule toutes ses certitudes. La crainte de perdre cet ami proche le pousse à revisiter sous l’angle de cette disparition annoncée une partie de son passé. Comme pour témoigner de l’intensité de cette fêlure, le narrateur dont la langue est expressive et imagée use très vite de l’apostrophe. Il prend à témoin et interpelle tantôt ses amis, Caïm, Lucie, Mimose, Carp, Jaouad, Paula et Sam, tantôt Ibi, son amoureuse, ou encore il s’adresse directement à la victime:

Dans l’Himalaya du Narcisse noir, entre les montagnes, battent les tambours. Voilà, Emil, maintenant je fais battre le mien. À ma façon. Avec le fol espoir d’une fin différente. Ballot, je suis. Ballot avec les mots. [...] Tu es arrivé dans le port de Padang, sur la côte occidentale de Sumatra, le 30 septembre. La ville s’est effondrée sous tes yeux ; puis en partie embrasée. La terre a tremblé une seconde fois, quelques heures plus tard. Les montagnes se sont disloquées. La pluie s’est ruée dans les débris de tout. Dans les déchets. Dans les plaies, avec la boue.

En utilisant le ton de la confidence et prenant à d’innombrables reprises ses lecteurs à témoin, Graham réussit à se distancer de son personnage allant même jusqu’à s’apostropher, faisant voler en éclat la structure de son texte. «Hier, Graham est muet, oui, et grave, après l’appel de Rachel vendredi soir, la veille.» ou «Continue, Graham. Tu bats le tambour.»

Plus fréquemment il s’adresse à Rachel, secrétaire de rédaction de Noé à qui il destine ses notes. Poursuivant ce qu’il nomme être sa lutte, le narrateur se remémore des faits anciens liés à la rencontre d’Emil qu’il alterne au récit d’événements venant de se produire, tel l’accident de la route ayant tué Madame Formoso, l’une de ses proches voisines, ou la disparition mystérieuse de Madame Annette (énigmatique en raison de l’impotence avérée de la vieille dame). Ce qui retient le plus son attention, c’est le cliché photographique pris tout près de chez lui à l’époque de l’accident d’Emil. Décelant une ombre floue en haut à droite du cliché pris après une nuit passée à veiller dans la montagne, Graham s’interroge longuement: qui se cache derrière cette tache claire? Fil rouge traversant son quotidien d’homme inquiet, la présence de cette imperfection sert de révélateur. Elle permet à Graham de s’y référer dès lors qu’il évoque les allées et venues de ses voisins. Il faut dire que l’enquête relative à la disparition de Madame Annette est relancée et cela alimente les discussions du voisinage. Le mystère entourant cette photographie pourrait potentiellement être lié à ces investigations. C’est alors que l’écrivain dénoue patiemment les fils entremêlés des différentes histoires rapportées par Graham. Avec une langue travaillée par les sonorités multiples des continents où il a vécu (Afrique, Amérique du Nord, îles de l’Océan indien), Jacques-Pierre Amée réjouit tous nos sens. Le rythme de ses phrases et le ton de son texte sont résolument marqués par sa plume de poète. Au final, il réussit avec brio à juxtaposer poèmes, anecdotes, scènes de la vie quotidienne et interrogations métaphysiques. L’ensemble ainsi composé fait du Ciel est plein de pierres un livre que l’on peut emporter partout avec soi, tant les registres de lecture et de plaisir peuvent être différents.