LIBÉRATION

ÉRIC LORET | 13 OCTOBRE 2011


L’action, ici, c’est la langue. Il y a des personnages, des lieux, mais l’intrigue ne se suit pas, ou bien se noie dans la diffraction des sensations qui constituent l’épaisseur du récit, dans le tempo obsédant de l’écriture. Programme de ce second roman d’un poète et plasticien né en 1953:

Je dois frayer un chemin à reculons. Tout ira de travers, mais je prendrai soin, dans le noir, de balayer le sol avant chaque pas en arrière, après chaque pas en arrière. Et je battrai le tambour à chaque pas en arrière, en amorçant chaque pas en arrière – en l’achevant, je battrai le tambour.

Le rythme est en avant partout, et chaque phrase est comme un réglage en direct de la position du narrateur par rapport aux étoiles, à sa montre, aux nuages, comme si la parole était une fondation toujours recommencée. La poésie, en quelque sorte.